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Adieu

25 Avril 2016 , Rédigé par Ptite_interne

Il y a des visages qu'on n'oublie pas facilement.


A la base elle était venue pour une pyélo. Ce n'était pas sa 1ère, elle a été hospitalisée il y a 3 mois pour la même raison.


Le truc, c'est qu'elle a une sténose de l'uretère- faut dire, un cancer du rectum, ça prend un peu de place, surtout quand les traitements ont été arrêtés - et que ça favorise pas mal les infections.
C'est pour ça qu'elle est hospitalisée, parce qu'il va falloir lui changer ses sondes double J et que c'est pas tout à fait une pyélo simplex qu'on peut laisser à la maison.


Elle est très élégante, c'est la 1ère chose que j'ai remarqué en la voyant - ça tranche tellement avec les autres patients. Impossible de deviner qu'elle est à la phase palliative de son cancer, qu'il lui bouffe tout l'intérieur du corps, la laissant totalement incontinente et humiliée de son état.


D'ailleurs on ne l'a pas su tout de suite. Elle parle très peu de ses problèmes de santé, pas plus qu'elle ne parle des douleurs anales terribles que lui cause le cancer. On ne parle pas de ces choses-là, jamais, et surtout on ne se plaint pas.


Petit à petit, quand même, elle s'ouvre. Elle réalise, doucement, que ses problèmes ne disparaitront pas simplement parce qu'elle n'en parle pas. Et qu'à l'hôpital on ne peut rien cacher : les aides-soignants qui font sa toilette la retrouvent souillée régulièrement, on remarque vite qu'elle peut à peine se lever et ses plateaux repartent à moitié plein.


Vu la densité des soins à proposer on lui propose un soins de suite pour qu'elle puisse se reposer avant de rentrer à la maison, ce qu'elle refuse catégoriquement. Elle est mariée, et son mari a besoin d'elle - on devine qu'il n'a plus toute sa tête, et que c'est elle qui gère tout à la maison.
Elle n'a plus les jambes, lui n'a plus la tête ; ils survivent comme ça.


Elle était souriante les 1ers jours. Fatiguée, mais souriante. Et puis elle n'a plus été que fatiguée. Fatiguée de l'hôpital, fatiguée de la maladie, fatiguée de tout.


Elle reste toujours aussi élégante, pourtant. Elle a de grands yeux de biche aux longs cils rêveurs, et on sent qu'elle a du être très belle dans sa jeunesse. Elle reste, d'ailleurs, une belle femme pour ses plus de 80 ans.


Un soir, alors que je suis de garde, je vais voir un vieux monsieur amené par son fils parce qu'il a de la fièvre et est confus. J'ai reconnu le nom mais n'y ai pas fait attention, ici il y a des homonymes partout, à croire qu'il y n'y a que 3 noms de famille dans cette région.


Je ne l'avais jamais vu, lui. Mais j'avais vu le fils, que je reconnais dans la salle d'attente. Et je me rappelle que les infirmières m'avaient raconté aux transmissions avoir fait descendre son mari parce qu'il avait de la fièvre et n'était pas bien.


Effectivement, il est complètement désorienté et ses propos ne sont pas toujours adaptés ni cohérents mais j'ai l'impression que ça ne date pas d'aujourd'hui, ce que me confirme le fils. Il a du venir vivre chez lui parce que son père ne s'en sort pas tout seul.


Il a simplement une infection pulmonaire, mais vu le contexte social on peut difficilement le faire rentrer. Il est donc hospitalisé dans le service - on a pensé le faire hospitaliser dans la même chambre que sa femme mais finalement c'était une idée de merde.


Ce que j'ai remarqué chez lui tout de suite, ce sont ses yeux. Son regard est absent comme celui des patients déments, mais il a des yeux d'un bleu extraordinaire. Il est grand, aussi, il se tient bien droit malgré son âge. Je me dis que lui aussi a du être bien beau dans sa jeunesse, et qu'ils devaient former un sacré couple.


Le lendemain, il est allé la voir. Je n'étais pas là mais les infirmières m'ont dit que ça avait été un moment très touchant, que c'était comme si ils avaient eu à nouveau 20 ans, et que le vide de son regard à lui avait disparu, pendant que son sourire à elle était revenu.


Je crois qu'elle a lâché prise à ce moment-là. Elle a arrêté de manger, elle a refusé de prendre ses médicaments, même ceux contre la douleur. Elle a demandé qu'on la laisse tranquille, et on a compris.


Elle est partie quelques jours plus tard.
Son fils n'a pas voulu qu'on l'annonce à son père. Je sais pas si on a bien fait, mais on a respecté sa décision.


C'est moi qui ai fait le certificat de décès. C'est donc moi qui suis allée constater qu'elle était bien morte.


Elle avait le teint cireux, la bouche grande ouverte, déjà un peu rigide. J'ai fermé ses grands yeux de biche, j'ai pensé à son mari, j'ai serré sa main et dit au revoir.


J'ai fait plein de certificats de décès au cours de ces 6 mois - le service a des lits identifiés soins palliatifs, et puis les vieux ça meurt - j'ai fini par m'y faire. C'est facile parce qu'ici la plupart des morts sont attendues, et concernent de vieilles personnes fatiguées par la vie qui souvent entrent pour mourir, ou parce qu'elles vont très mal et qu'à leur âge/vu leur état général on ne fera pas de réanimation ni de technique invasive.


On finit par s'y faire aux teints cireux, aux corps froids, rigides, aux bouches ouvertes impossibles à refermer, aux membres figés dans leur dernière position. Ca fait aussi partie du travail, de laisser partir.


N'empêche que des fois, il y a des visages qu'on a du mal à oublier.

Adieu
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Nouvelle vie, nouveau blog

24 Décembre 2015 , Rédigé par Ptite_interne

Venez retrouver mes nouvelles aventures ici (si ça vous dit) : http://ptiteinterne.over-blog.com

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Amère

10 Août 2015 , Rédigé par Ptite_externe

Amère

1er jour de stage post-ecn (stage dit de "super-externe" où on est supposé jouer les FFI sans le salaire).

Ca fait plus de 2 mois que l'ECN est passé maintenant. L'euphorie promise n'est toujours pas là, et mon classement en demi-teinte n'arrange rien.

J'attends beaucoup de ce stage - beaucoup trop en fait, bien plus qu'il ne peut me donner ; j'espère apprendre à m'autonomiser, j'espère apprendre suffisamment pour ne pas (trop) galérer en novembre, j'espère voir de la vraie médecine loin des mots-clés des ECN, j'espère être intégrée dans une équipe et considérée comme un membre à part entière.

Je dors mal cette nuit-là et me réveille avant que mon portable ne sonne. Je suis tellement stressée que j'arrive avec 20 minutes d'avance, moi la retardataire chronique.

Bien sûr, personne ne savait que je devais être là mais ça bon on est plusieurs post-D4 qui tournons presque toutes les semaines et je suis la dernière arrivée, autant dire que le contraire m'aurait mise sur le cul.

Le coup d'être propulsée en consultation ça, par contre, je m'y attendais beaucoup moins.

En fait, je suis en consultation d'urgence retour de voyage - c'est à dire qu'on est censé voir des gens de retour d'un séjour dans un pays +/- tropical et qui présentent des symptômes inquiétants (fièvre, évidemment, diarrhées, tout ça) possiblement en rapport avec une pathologie tropicale.

Je dis censé parce qu'en fait c'est surtout une consultation libre où tout le monde peut venir du moment qu'il/elle a un truc vaguement infectieux.

Pour quelqu'un qui n'a plus vu de patients depuis 4 mois (comme moi) et n'a plus touché à la médeine depuis la fin des ECN, c'est un retour vraiment violent.

Dire que la matinée fut difficile est au-deà de l'euphémisme, je me noie dans ma médiocrité, je suis lente parce qu'il faut que me reviennent mes réflexes et pourtant il faut aller vite pour enchaîner les consultations, je galère à mort parce qu'il y a beaucoup de connaissances que je ne possède pas/plus, parce que je découvre au fur et à mesure des consultations le fonctionnement du service, qui est qui, où est rangé quoi, comment sont organisés les dossiers, parce qu'on m'en demande beaucoup mais finalement je suis assez peu autonome.

La chef qui est avec moi est très sympa mais aussi très envahie par son téléphone qui sonne toutes les 30 sec environ (elle gère aussi une des salles d'hospit + les avis extérieurs), donc je suis seule la plupart du temps. Je me demande dans quelle galère je me suis embarquée, et j'ai envie de pleurer.

Ah oui, et en plus il ne faut pas oublier de remplir le questionnaire pour une étude du service (les ARCS c'est surfait et trop cher)

Enfin à 13h45 je peux aller manger, les consultations sont finies, il ne me reste plus qu'à engloutir mon déjeuner pour être à l'heure au staff.

Et puis après ... eh bien après je suis un peu abandonnée, alors je vais voir en salle ce qui se passe, histoire d'avoir l'impression d'appartenir un peu au service ...

Heureusement, les internes sont cool. Je finis par me fixer dans une salle où l'interne est particulièrement débordée et l'aide à faire des entrées. Enfin, quelque chose que je maitrise un peu : faire une belle observation, avoir le temps d'examiner correctement un patient ... et mes 1ers pas avec un logiciel de prescription. En partant je suis presque contente.

Ce sera comme ça tout le reste de la semaine, et probablement toute cette semaine aussi. Le matin consultation, l'après-midi en salle. Le matin larbin qui débrouille l'histoire des patients, l'après-midi boulet inutile qui essaye d'aider en salle.

Quelque chose entre l'externe et l'interne, qui essaye de trouver sa place et n'y arrive pas.

Honnêtement ce stage n'est pas si mal. Le recrutement est très centré sur les tuberculoses résistantes mais ça reste relativement varié, les chefs sont sympas et pédagogues, les internes sont cools et pédagogues.

Mais. C'est déjà dur de trouver sa place en tant que post-D4, parce qu'on est un genre de bâtard entre l'externe et l'interne. C'est encore plus dur lorsqu'on ne passe qu'une moitié de temps dans le service, et qu'on ne peut donc pas suivre correctement ses patients.

J'essaye de me convaincre que ça ne va pas durer, qu'à un moment j'irai en salle et que ça sera mieux ... en attendant gros coup de blues et surtout grosse amertume parce qu ce service, je l'ai vraiment choisi ...

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Consentement ?

8 Février 2015 , Rédigé par Ptite_externe

Consentement ?

Quand j'ai fais ma 1ère prise de sang, pendant le stage infirmier au début de la 2è année, l'infirmière m'avait dit "surtout, ne dis pas à la patiente que c'est ta première ; sinon elle refusera que tu la fasses".

Et moi, bêtement, je l'ai écoutée.

 

Quand j'ai fais mes 1ères sutures aux urgences traumato on m'a dit "surtout, ne le dis pas au patient, sinon il refusera que tu la fasses". Et moi, bêtement, j'ai écouté.

 

On m'a réguièrement dit pendant mon externat "surtout ne dis pas que tu es étudiante, sinon les patients refuseront que tu les examines !"

 

Et j'ai écouté, parce que j'y connaissais rien, parce que ces phrases ont été prononcées par des personnes dont j'aurais jamais osé remettre en cause les paroles, parce que durant nos stages on nous apprend à nous méfier des patients qui, entre autres choses, rejetteraient systématiquement les étudiants.

Heureusement j'ai rencontré des chefs qui m'ont fait avoir une autre vision de la médecine et de la relation aux patients, et j'ai progressivement changé mon regard - passant de "les patients sont un assemblage de signes cliniques que je dois savoir retrouver sinon je serais une mauvaise étudiante et plus tard un mauvais médecin" à "ce sont surtout des gens en fait". 

Malgré tout je n'arrivais pas à me débarrasser de cette appréhension qui me chuchotait "si tu dis que t'es étudiante c'est mort, ils ne voudront plus de toi".

Et puis un jour j'ai du faire un TR (toucher rectal) (médicalement justifié hein). Le 1er de ma vie, aux urgences du grand CHU. 

J'ai vaguement pensé supplier un anesthésiste pour qu'il le mette sous AG pour me faciliter la vie. 

Et puis j'ai pris mon courage à 2 mains, j'ai expliqué au patient le geste et pourquoi je pensais qu'il fallait le faire, et lui ai demandé s'il était d'accord. Je précise qu'il savait pertinemment que j'étais étudiante (on peut pas le cacher très longtemps ...)

Et, guess what ? il a accepté sans aucun problème. 

Et ça a été comme ça avec tous les autres patients/autres patientes à qui j'ai du faire des TR.

Et plus tard, aux urgences gynécos, ça a été la même chose. D'ailleurs j'ai fais tous mes TV sur des patientes conscientes, à qui j'avais demandé l'autorisation, et je n'ai pas l'impression d'être moins bien formée (plutôt l'inverse).

 

Il y a un moment où il faut arrêter de croire que si on leur demande leur consentement les gens refuseront systématiquement, même et surtout lorsqu'il s'agit d'apprendre.

Dans la très grande majorité des cas les patients acceptent la présence des étudiants. De plus ou moins bonne volonté peut-être mais ils l'acceptent. Et surtout, ils sont conscients de l'importance de la formation des professionnels de santé ...

(en tout cas j'ai entendu plus souvent "ah mais oui bien sûr il faut bien que vous appreniez" que "ah non hein je veux un vrai médecin moi") 

 

De leur côté ils ne demandent souvent qu'une chose : qu'on les respecte. Et ça passe par leur demander leur accord avant de les examiner et a fortiori avant de faire un geste invasif, ça passe par leur expliquer pourquoi on fait ce geste.

La question du consentement ne devrait jamais être sacrifiée au nom de la formation.

 

(D'ailleurs depuis je me présente toujours comme étant étudiante et, devinez quoi, ben ça se passe très bien).

(Au passage personne ne m'a jamais appris à faire un TR et les TV bof .... je me suis débrouillée sur le tas et je pense que ce n'est pas normal. Donc les mannequins de simulation => good idea)

 

 

 

 

 

PS : j'ai trouvé l'image ci-dessus sur google image, je ne sais pas qui est l'auteur mais je serais ravie de le mentionner s'il le souhaite (et se manifeste)

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Ma vie trop dure

24 Novembre 2014 , Rédigé par Ptite_externe

Ce qui est usant avec la D4 c'est qu'on ne peut jamais oublier qu'il y a les ECN à la fin de l'année.

C'est comme la P1 sur ce plan-là : quoiqu'on fasse, qu'on soit en train de manger, de pisser, de marcher, on la sent, la menace du concours qui plane au-dessus de nos têtes.

De toute façon même quand on arrive à mettre le concours de côté pour un moment on peut être sûr que quelqu'un va nous le rappeler, d'une façon ou d'une autre.

"Et alors, le travail, ça avance ?"

"Et alors la D4 ça va ?" ah oui je le vis vachement bien, d'ailleurs les cernes que tu vois là je les cultive soigneusement histoire de lancer une nouvelle mode, hein, comme ça pour une fois je serais pas à côté de la plaque.

Je sais qu'il y a bien pire que ce que je vis - d'ailleurs puisque mon seul vrai problème dans la vie c'est le concours c'est plutôt signe que tout va bien, en fait. Mais quand même. C'est un peu dur.

Je crois que le pire c'est les réflexions du genre "mais tu sais pas ça ? eh va falloir t'activer cocotte ! les ECN c'est dans quelques mois hein !"

Ca tombe bien j'avais complètement oublié, heureusement que tu me le rappelles !

Mais ce qui me déprime vraiment c'est le stage. En fait j'aime beaucoup mon stage, on me l'avait vendu comme un service de médecine interne avec un recrutement composé exclusivement de maladies aux noms à peine prononçables, et puis finalement ... pas tant que ça en réalité. C'est assez varié, il y a du post-urgence, des maladies de médecine interne pas trop rares et quelques maladies vraiment très rares. Les chefs sont très sympas, accessibles et pédagogues et les internes adorables. Bref, j'aime mon stage.

Sauf que. Sauf que mes co-externes ont réussi à obtenir qu'il n'y ait qu'un nombre limité de D4 qui aille en stage (entre autres parce qu'il y a pas assez de place dans les différents bureaux médicaux pour nous tous), ce qui nous permet d'avoir (beaucoup de) semaines off. C'est très bien pour les ECN, mais ....

Mais j'aime pas ça. J'ai toujours eu des stages très prenants, je m'en suis toujours plaint, mais au fond j'aime ça. J'ai littéralement passé mon année de D2 à l'hôpital et j'ai adoré cette année. Ce sentiment de grandir .... et d'être utile, enfin !

C'était autre chose que passer ses journées à la BU (pour des résultats médiocres en plus).

Bref. Faites que tout ça se termine ...

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Du bétail

11 Novembre 2014 , Rédigé par Ptite_externe Publié dans #Externat Médecine

Du bétail

Le service où j'ai fait mon stage de gynécologie-obstétrique était un centre de référence de la PMA . En tant qu'externe, on devait aller en échographie pour donner un coup de main.

La PMA (Procréation Médicament Assistée) encore appelée AMP (Assistance Médicale à la Procréation) regroupe toutes les technique permettant à un couple infertile d'avoir un enfant (c'est à dire essentiellement insémination intra-utérine de spermatozoïdes et fécondation in vitro).

Il existe différents protocoles de PMA mais presque toutes imposent à la femme de recevoir des injections hormonales pour stimuler la production d'ovocytes (en gros, hein). La qualité et le nombre de ces ovocytes sont estimés par des dosages hormonaux et des échographies régulières.

Là où j'étais il y avait un système particulier pour ces échographies PMA : toutes les consultations se faisaient sans rendez-vous, les femmes se présentaient à 7h, inscrivaient leur nom sur une feuille puis attendaient d'être appelées.

Histoire d'une consultation.

Les échographies commencent à 7h30, parfois plus tard en fonction du retard du médecin prédisposé aux échos - car les vacations sont assurées à tour de rôle par les différents médecins du service.

La feuille d'inscription (pas trouvé de meilleur terme) est punaisée sur le mur à côté de la porte. Chaque femme est appelée par son prénom.

Une fois entrée on peut voir les habituées et les nouvelles :

- les habituées enlèvent tout de suite pantalon et chaussures, s'installent sur la table et mettent les pieds dans les étriers sans dire un mot

- les nouvelles restent debout, mal à l'aise, à côté de la porte - il n'y a que 2 chaises dans la pièce, une derrière l'ordinateur et une à côté de l'échographe - elles restent donc à côté de la porte sans trop savoir où se mettre. Ca peut durer un certain temps.

On finit par leur enjoindre assez sèchement de se déshabiller et de s'installer sur la table.

Comme elles sont souvent vues par un médecin différent, à chaque fois il faut refaire l'histoire - une occasion de se rappeler les échecs antérieurs, car la PMA est faite d'histoires longues et douloureuses - revoir les traitements pris et préciser à quel moment on est - tout ça évidemment avec une patiente à moitié à poil en position gynéco. Heureusement ça ne dure que quelques minutes.

On passe ensuite à l'échograhie pelvienne.

Après avoir brièvement prévenu - ou pas - le médecin introduit la sonde d'échographie et le décompte des follicules commence.

Parce que c'est à ça que servent toutes ces échos : compter le nombre de follicules qui ont réussi à se développer avec le traitement hormonal et mesurer leur taille pour savoir quand est-ce qu'on pourra donc les ponctionner. Et puis aussi voir si l'utérus est prêt pour accueillir un embryon.

Ces différents paramètres sont ensuite rentrés dans un logiciel (c'est pour ça qu'il y a un externe dans ces consultations).

Pour égayer un peu le tout la patiente a souvent droit à des commentaires :

"C'est pas bon là"

"Hum ils sont petits encore il va falloir faire un effort !"

"Si ça continue comme ça vous devrez encore attendre avant la ponction"

Parfois tout se passe dans un silence glacial - ce qui n'est finalement pas plus mal ...

Enfin l'échographie se termine, la patiente peut se rhabiller et la suite du traitement est réexpliqué, parfois bien, parfois de façon expéditive. Il vaut mieux bien écouter car il n'y aura pas de papier pour tout résumer.

Voilà un exemple de consultation que j'ai vécue. Evidemment, et heureusement, ça ne se passait pas toujours comme ça, heureusement il y avait aussi des bons médecins.

Mais ils étaient bien rares ...

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Celle qui avait besoin d'être écoutée

8 Novembre 2014 , Rédigé par Ptite_externe Publié dans #Médecine, #externe

J'étais en D1, en stage en neurologie.

On était une quizaine dans cette salle, l'hôpital de jour de Sclérose en plaques. Chaque jour, des dizaines de patients - souvent des patientes - venaient quelques heures pour des perfusions diverses et variées.

Chaque patient devait être vu, examiné, on devait calculer leur score EPSS, puis on devait faire leur bon de transport et leurs ordonnances après les avoir présentés aux internes.

On était quinzaine d'externes, donc, pour 2 internes. Autant dire qu'on pouvait attendre un certain temps avant de pouvoir présenter son patient.

Plutôt que de glander dans le bureau médical, j'avais décidé que j'allais prendre mon temps pour faire l'examen clinique et papoter avec les patients (parce que c'est quand même plus sympa).

Ils sont souvent contents d'avoir quelqu'un à qui parler, en plus. Mais pas elle. Non elle elle est un peu énervée - en fait elle est pressée, elle a du travail qui l'attend, ça la fait chier de devoir venir et elle veut juste que ça se passe vite.

En plus elle doit organiser l'enterrement de son père, décédé quelques jours avant - comme si elle avait pas déjà une montagne de trucs à faire - et donc là l'HDJ ça tombe vraiment vachement mal, alors si on pouvait la perfuser rapidement ça serait sympa.

Un peu étonnée par son détachement (et puis j'ai du temps), je profite d'un moment où elle reprend sa respiration pour creuser un peu et lui poser quelques questions sur son père, et sa famille plus globalement.

Son père, elle n'en était pas particulièrement proche mais quand même, c'était son père. Oui, elle est bouleversée mais elle n'a pas le temps de s'appesantir dessus, son travail lui prend beaucoup de temps, elle a des choses importantes à gérer et des échéances qui approchent.

De toute façon elle n'a plus la force de pleurer : sa réserve de larmes est épuisée depuis la mort de sa mère, enterrée le mois dernier.

Et puis, la maladie n'arrange pas les choses.

Elle a peur de perdre à nouveau la vue. Elle a peur d'être à nouveau paralysée. Et surtout elle a peur que cette fois, elle ne récupère pas.

Au fur et à mesure le masque craque, la voix est moins assurée. Elle me dit comme c'est dur de devoir porter ça toute seule. Elle me raconte combien la solitude lui pèse. Elle a peu d'amis, son mari l'a quittée pour une autre et maintenant que ses 2 parents sont morts elle n'a personne à qui se confier. Elle me dit qu'elle a peur de rester toujours seule. Et puis elle fond en larmes.

Là je me dis que j'ai peut-être fais une connerie et que j'ai encore raté une occasion de la boucler.

J'essaye de me rattraper comme je peux, je lui bredouille des banalités affligeantes et lui tapote maladroitement la main (on est un peu con au début de l'externat ...)

Elle se calme un peu,et s'excuse. Elle m'avoue que parfois elle se demande si ça vaut le coup.

Ayant un peu peur de comprendre je lui demande de préciser sa pensée. Elle ne répond pas. J'insiste. Elle finit par me dire qu'elle a déjà pensé en finir. Oh, rien de précis, mais parfois elle se dit que ce serait tellement plus simple. Et puis elle ne manquerait à personne ...

Elle pleure à nouveau. Cette fois je lui prends fermement la main. Je ne sais toujours pas trop quoi dire, mais tant pis. Elle s'excuse à nouveau. Je lui réponds qu'elle n'a pas à le faire, qu'elle a le droit de pleurer. Qu'elle n'a pas à culpabiliser, et qu'à son travail ils comprendront si elle prend quelques jours. Et puis peut-être qu'elle devrait aller voir quelqu'un (comme on dit pudiquement).

Pour être honnête j'ai l'impression de ramer complètement, et pourtant elle se calme et, à la fin, elle esquisse même un sourire et me remercie.

Alors, est-ce que je l'ai sauvée ? Est-ce qu'elle aurait vraiment tenté de se suicider ? Est-ce qu'elle l'a fait quand même ? Je ne sais pas ... Mais j'aime bien penser que je l'ai aidée, un peu ...

Si je raconte tout ça c'est parce que je viens de voir cette vidéo (qui est à regarder absolument, comme le reste de la chaîne), qui m'a rappelée cette histoire. Et que comme à l'époque je me suis dit que, parfois (souvent ?) la meilleure façon d'aider quelqu'un c'est de l'écouter.

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Le monde des bisounours

27 Avril 2014 , Rédigé par Ptite_externe

Le monde des bisounours

Au staff.

Assis tout au fond de la salle, on essaye tant bien que mal de suivre ce qu'il s'est passé durant la garde, tentant en vain de lutter contre le sommeil, l'envie de décrocher devant les internes qui ne parlent pas assez forts ou n'articulent pas, contre le découragement devant la tonne d'informations non triées qui nous parviennent ...

Le staff n'est pas fait pour nous, on avait été prévenu. Et pourtant on doit y assister comme les médecins, et on doit se démerder tout seul pour comprendre ce qu'il se passe parce que des fois ça parle d'examen à demander pour un enfant, que bien sûr c'est notre rôle et si jamais c'est pas fait on se fait défoncer, sachant qu'après on ne nous redit pas toujours ce qu'il faut demander, et encore moins pourquoi.

Visite express de la salle.

On se traine ensuite derrière les chefs et les internes qui passent rapidement dans chaque chambre et font un résumé rapide des examens à demander, des gestes à faire, font le point sur les prés' - le tout sans nous accorder un regard. On a compris dès le 1er jour qu'on pourrait s'asseoir sur l'apprentissage.

Puis c'est l'heure du café. Pas pour nous hein, nous on doit faire les bons d'imagerie, appeler pour récupérer les bactérios et ranger les examens.

Et puis c'est l'attente.

Oui on doit attendre que les internes reviennent, des fois qu'il y ait des "missions" à faire.

Heureusement que les smartphones ont été inventés. Mon objectif cette semaine c'est 4096 !

Petite lueur d'espoir au retour des internes : peut-être qu'aujourd'hui on va aller voir nos patients, peut-être qu'enfin on va pouvoir apprendre un peu.

Ou peut-être pas.

La pédiatrie c'est une ambiance spéciale, ça oui. Jamais eu autant conscience de ma nature de plante verte. Jamais senti autant d'indifférence de la part des chefs. Jamais ressenti autant de froid mépris de la part des internes.

Vivement la fin ...

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Un cadeau

22 Novembre 2013 , Rédigé par Ptite_externe Publié dans #Médecine, #PMA, #Gynécologie

Un cadeau

Elle vient aux urgences gynéco pour des douleurs, ou des métrorragies je sais plus.

En me tendant son dossier, l'infirmière me dit : "elle a a pas ses règles depuis 3 mois, et elle a même pas pensé à faire un test de grossesse ..." avec le regard et le ton lourd de sous-entendus qui va avec.

Elle, c'est une jeune femme d'une trentaine d'années qui a une dysménorrhée primaire. En bref, elle a des cycles irréguliers depuis toujours, en moyenne tous les 3 à 5 mois voire plus - d'où cette non-inquiétude devant cette absence de règles, qui est habituelle pour elle. De l'intérêt de poser des questions aux patients au lieu de sauter à la conclusion qu'ils sont c*ns.

Du fait de ces cycles irréguliers (dont la cause n'a jamais été retrouvée malgré de nombreuses explorations), elle n'arrive pas à avoir d'enfants. Elle a eu recours à la PMA. Plusieurs fois. Plusieurs échecs d'insémination et de FIV émaillent son parcours.

Elle a fini par laisser tomber. Et a enterré ce désir d'enfant, quelque part au fond d'elle-même.

Je ne me rappelle plus exactement le motif de consultation. Peut-être bien que c'était des douleurs.

En tout cas l'examen clinique était rassurant. En sortant du box pour appeler l'interne, l'infirmière me glisse : "les bêta sont positifs". En décodé ça donne : le test de grossesse est positif, elle est enceinte.

Je jette un coup d'oeil. Effectivement, pas de doute : les 2 barres sont là, bien épaisses, bien visibles.

Evidemment elle ne prend pas de contraception - quel intérêt ?

L'interne arrive, je lui explique la situation. On décide de ne rien dire avant d'avoir fait l'écho.

On revient dans le box, je fais l'examen gynéco (dans mon stage les externes n'ont pas le droit de faire un examen gynéco sans chef ou interne) qui est sans particularité et l'interne dégaine l'écho. Rite immuable des urgences gynéco, où l'échographie est réellement le prolongement de l'examen clinique.

On le voit tout de suite : une petite poche anéchogène dans l'épaisseur de l'endomètre avec une espèce de petite boule à l'intérieur. Un sac gestationnel avec son embryon. Une grossesse intra-utérine quoi.

L'écran est tourné vers nous, la patiente ne voit donc pas ce qu'on fait (et puis en fait je suis pas bien sûre qu'elle comprendrait si elle voyait ... ). Pour une fois l'interne n'explique pas ce qu'elle fait. Tout se passe en silence.

Finalement, l'interne freeze l'image sur une coupe montrant l'embryon, tourne l'écran vers la patiente et lui annonce :

"Voilà, ça, c'est votre grossesse. Elle est bien dans l'utérus et le coeur bat. Il n'y a rien d'inquiétant à l'examen ni à l'écho.

Vous êtes enceinte, madame."

Je redoutais un peu ce moment. Comment est-ce qu'elle allait réagir ? Qu'est-ce qui peut se passer dans la tête d'une femme qui a renoncé à la maternité et qui apprend tout à coup qu'elle est enceinte ?

Elle est restée estomaquée quelques secondes. Et puis a murmuré :

"Non ... non ... ce n'est pas possible, ça ne peut pas être vrai ...". avant de fondre en larmes.

Ne sachant pas trop quoi dire, je regarde l'interne qui me rend mon regard embarrassé et tente maladroitement : "c'est ... une bonne nouvelle ? ou non ?"

Elle ne répond pas. On décide de sortir pour la laisser se remettre de ses émotions et réfléchir au calme.

Alors qu'on est sur le pas de la porte, elle nous lance : "est-ce que ... je pourrais avoir les photos ?" (de l'écho, on imprime toujours des coupes pour les garder dans le dossier).

Malheureusement l'appareil d'écho ne garde pas en mémoire les coupes, et on a besoin de garder les impressions. Alors on se lance, avec l'aide-soignant, à la recherche d'une photocopieuse (et croyez-moi un soir de week-end on a bien galéré) ; après quelques péripéties je parviens à lui faire des photocopies de mauvaise qualité, sur lesquelles on arrive toutefois à voir le sac et l'embryon.

Elle les regarde, longuement. Je lui explique où est l'embryon, qu'on a vu son coeur battre en faisant l'écho, que tout va bien, que les douleurs ça arrive parfois et que ça n'est pas toujours inquiétant.

Elle ne dit rien. Je ne suis pas sûre qu'elle m'ait entendue.

Et puis enfin, un sourire, timide, fragile. Quelques larmes, encore. Et dans un souffle j'entends "merci".

Image trouvée sur google. Si vous connaissez l'auteur je serai ravie de le/la créditer.

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Rite de passage

5 Juillet 2013 , Rédigé par Ptite_externe

Ils sont arrivés vers minuit. Pas de chance pour eux, les urgences étaient encore bien remplies, et je ne les aie vus que vers 2h et demie du matin.

Ils sont venus parce que Monsieur a de la fièvre, depuis un mois. Or Monsieur est sous corticoides pour une tumeur cérébrale.

Il a déjà eu plusieurs antibiotiques mais la fièvre persiste. Il ne se plaint de rien d'autre.

"Et pourquoi vous êtes venus ce soir aux urgences ?" (question posée sans animosité, juste pour savoir si quelque chose a changé récemment qui aurait motivé la venue aux urgences)

"Eh bien, aujourd'hui on a appelé SOS médecins, ils ont envoyé quelqu'un qui a examiné mon mari, et qui a dit qu'il fallait qu'il aille aux urgences et qu'ici on lui donnerait un antibiotique qui marcherait"

Ah, bon ....

Je sens, au fil des questions, la patience de la femme s'émousser. Je reste compréhensive, il est quand même 2h du mat' et elle est inquiète pour son mari, chez qui la tumeur a été découverte il y a peu, et qui s'est beaucoup dégradé.

Je prends le temps de l'examiner, histoire d'essayer de trouver quand même un point d'appel qui aurait échappé aux médecins avant (sait-on jamais !).

Je fais l'erreur de laisser la femme dans la pièce pendant l'examen.

Elle n'a pas arrêté de me faire des reproches tout le long.

"Attention, il a la peau fragile, olalala ..." "Ca lui fait mal de bouger vous savez ? et il a la peau si fragile, olala ..."

"Mais il y a pas besoin de faire tout ça ! il lui faut juste l'antibiotique, tout est écrit dans la lettre !"

"Mais vous savez ce que vous faites au moins mademoiselle ? vous comprenez ce qu'il a ?"

"Mais ça sert à rien tout ça ! tous est déjà écrit dans la lettre, le médecin a tout écrit, il faut juste l'antibiotique !"

"Vous comprenez ce que je vous dis ?"

---

J'ai vraiment essayé de ne pas m'énerver.

"Ecoutez ..." et puis quelque chose a cédé dans mon esprit. Je l'ai engueulée, lui ai dit que tout ce que je faisais avait un but qui n'était pas uniquement celui de les faire chier, qu'il me fallait au moins un début de point d'appel infectieux et que non on balance pas des antibiotiques comme ça, et s'ils sont pas contents ils ont qu'à les acheter tout seuls les antibiotiques.

Je résume, en vrai c'était un peu plus long et moins poli.

"Sans rancune, hein" elle m'a lancée alors que je franchissais la porte.

Tu parles. Je me suis assise derrière un PC, et j'ai fixé l'écran en bouillant intérieurement et en insultant tous les patients de toutes les urgences du monde.

Ca m'a fait pas mal culpabiliser, ce petit accès de colère. J'ai toujours pensé que, peut-être je suis pas très douée, mais au moins je suis toujours aimable avec les patients, toujours compréhensive, toujours à l'écoute, même ceux qui sont franchement chiants, je m'efforce de me mettre à leur place, j'essaye vraiment d'être empathique, pas seulement parce qu'on me l'a appris mais parce que je suis le genre de personne qui veut que tout le monde l'aime.

Et j'ai méprisé (et continue à mépriser) ceux qui en sont incapable. Pour finalement découvrir que je ne suis pas si différente.

Encore une désillusion ... et un peu plus de maturité, aussi.

Et puis je suis tombée sur ce billet : http://alorsvoila.centerblog.net/135-bibi-a-paris?from=

En fait, après ce petit incident la femme est devenue vachement plus aimable et compréhensive, et me faisait beaucoup plus confiance, même plus qu'au chef.

Finalement, c'était peut-être mon rite de passage à moi.

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