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Consentement ?

8 Février 2015 , Rédigé par Ptite_externe

Consentement ?

Quand j'ai fais ma 1ère prise de sang, pendant le stage infirmier au début de la 2è année, l'infirmière m'avait dit "surtout, ne dis pas à la patiente que c'est ta première ; sinon elle refusera que tu la fasses".

Et moi, bêtement, je l'ai écoutée.

 

Quand j'ai fais mes 1ères sutures aux urgences traumato on m'a dit "surtout, ne le dis pas au patient, sinon il refusera que tu la fasses". Et moi, bêtement, j'ai écouté.

 

On m'a réguièrement dit pendant mon externat "surtout ne dis pas que tu es étudiante, sinon les patients refuseront que tu les examines !"

 

Et j'ai écouté, parce que j'y connaissais rien, parce que ces phrases ont été prononcées par des personnes dont j'aurais jamais osé remettre en cause les paroles, parce que durant nos stages on nous apprend à nous méfier des patients qui, entre autres choses, rejetteraient systématiquement les étudiants.

Heureusement j'ai rencontré des chefs qui m'ont fait avoir une autre vision de la médecine et de la relation aux patients, et j'ai progressivement changé mon regard - passant de "les patients sont un assemblage de signes cliniques que je dois savoir retrouver sinon je serais une mauvaise étudiante et plus tard un mauvais médecin" à "ce sont surtout des gens en fait". 

Malgré tout je n'arrivais pas à me débarrasser de cette appréhension qui me chuchotait "si tu dis que t'es étudiante c'est mort, ils ne voudront plus de toi".

Et puis un jour j'ai du faire un TR (toucher rectal) (médicalement justifié hein). Le 1er de ma vie, aux urgences du grand CHU. 

J'ai vaguement pensé supplier un anesthésiste pour qu'il le mette sous AG pour me faciliter la vie. 

Et puis j'ai pris mon courage à 2 mains, j'ai expliqué au patient le geste et pourquoi je pensais qu'il fallait le faire, et lui ai demandé s'il était d'accord. Je précise qu'il savait pertinemment que j'étais étudiante (on peut pas le cacher très longtemps ...)

Et, guess what ? il a accepté sans aucun problème. 

Et ça a été comme ça avec tous les autres patients/autres patientes à qui j'ai du faire des TR.

Et plus tard, aux urgences gynécos, ça a été la même chose. D'ailleurs j'ai fais tous mes TV sur des patientes conscientes, à qui j'avais demandé l'autorisation, et je n'ai pas l'impression d'être moins bien formée (plutôt l'inverse).

 

Il y a un moment où il faut arrêter de croire que si on leur demande leur consentement les gens refuseront systématiquement, même et surtout lorsqu'il s'agit d'apprendre.

Dans la très grande majorité des cas les patients acceptent la présence des étudiants. De plus ou moins bonne volonté peut-être mais ils l'acceptent. Et surtout, ils sont conscients de l'importance de la formation des professionnels de santé ...

(en tout cas j'ai entendu plus souvent "ah mais oui bien sûr il faut bien que vous appreniez" que "ah non hein je veux un vrai médecin moi") 

 

De leur côté ils ne demandent souvent qu'une chose : qu'on les respecte. Et ça passe par leur demander leur accord avant de les examiner et a fortiori avant de faire un geste invasif, ça passe par leur expliquer pourquoi on fait ce geste.

La question du consentement ne devrait jamais être sacrifiée au nom de la formation.

 

(D'ailleurs depuis je me présente toujours comme étant étudiante et, devinez quoi, ben ça se passe très bien).

(Au passage personne ne m'a jamais appris à faire un TR et les TV bof .... je me suis débrouillée sur le tas et je pense que ce n'est pas normal. Donc les mannequins de simulation => good idea)

 

 

 

 

 

PS : j'ai trouvé l'image ci-dessus sur google image, je ne sais pas qui est l'auteur mais je serais ravie de le mentionner s'il le souhaite (et se manifeste)

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Doc junior 25/08/2015 22:40

Pour moi lors de mon stage infirmier, j'ai eu plusieurs fois l'occasion de perfuser (avec plus ou moins de succès mais chuut, c'est un secret) et à chaque fois l'infirmière m'a présenté et à demandé si le patient était d'accord. A chaque fois, il n'y a pas eu de problème, sauf pour poser la perf. Comme quoi être honnête fonctionne aussi. C'est surtout beaucoup plus respectueux envers le patient...

SemynonA 09/02/2015 19:06

J'ai souvent eu des étudiants en tout début de formation lors de mes passages en CHU.

Je suis très difficile à piquer, les infirmières expérimentées à l'hôpital me charcutent souvent (dans les laboratoires d'analyses étonnement on me pique du premier coup sans douleur, il y a donc bien un soucis de technicité de ce côté en hôpital... et c'est dommage).

Pourtant je me suis retrouvée une fois la première fois d'une jeune étudiante en médecine en première année... La pauvre, complètement perdue, tordue entre son instinct de compatir à ma douleur et l'infirmière qui la rappelait à son devoir de se "blinder", lui sommant de continuer à chercher la veine alors qu'elle tournait, retirait, rerentrait, retournait en vain dans mon bras. Je m'efforçais de ne pas laisser sortir un gémissement (de manière générale j'évite, ça n'attire toujours qu'agacement chez les soignants...) en espérant que l'infirmière finisse par laisser tomber.
Evidemment la pauvre étudiante n'a jamais trouvé ma veine (de toute façon ceux qui me piquent et n'y sont pas direct, ils ont bon tourner ils ne la trouvent plus, je suis persuadée que cette technique de "je rentre et je fouille" ne donne jamais rien, à moins d'être aller trop loin et de retirer doucement pour ensuite se glisser dans la veine (ce qui là ne fait pas vraiment mal)) la honte d'avoir échoué mais aussi d'avoir fait mal se lisait sur son visage, mais celui de l'infirmière la prévenait bien de ne pas s'exprimer à ce sujet.

Comment peut-on espérer former des étudiants ainsi???
Le problème n'est pas chez les patients et leurs vilaines "exigences" d'être informés et écoutés, mais au sein d'un corporatisme qui accepte et couvre systématiquement les pires actions des leurs au prétexte d'agir pour un "plus grand bien" = sauver des vies.

Le complexe du héros, au service des égos surdimensionnés d'une partie malade du corps médical...

Ptite_externe 09/02/2015 22:27

Vous avez soulevé le problème : on nous apprend à être maltraitant (parce que oui c'est de la maltraitance ce que vous racontez), pire même on nous enseigne que c'est comme ça que l'on devient un bon soignant.

Marianne 09/02/2015 17:50

On peut aussi imaginer qu'un patient qui refuse d'être examiné par un étudiant ait une très bonne raison pour le faire...

Ptite_externe 09/02/2015 22:27

En effet (je crois pas avoir dit le contraire ...)